1 janvier 1992
camera international
Paris
G. Bauret
Sept photographes européens
Gottfried Helnwein
C'est souvent à la hauteur des yeux que la violence est concentrée. Helnwein a alors recours au bandage de tête qui prive l'homme de tout rapport visuel avec l'extérieur. Il est évidemment très paradoxal de la part de l'artiste, dont la vie et l'œuvre sont étroitement liées au regard, de s'appliquer à représenter sous différentes formes l'empêchement de voir, le trouble de la vue. Sans doute parce que la portée de son projet ne se limite pas au seul territoire artistique. Son art revêt également une évidente dimension historique.
self-portrait as sub-human II
photograph, 1986
Helnwein a alors recours au bandage de tête qui prive l'homme de tout rapport visuel avec l'extérieur. Il est évidemment très paradoxal de la part de l'artiste, dont la vie et l'œuvre sont étroitement liées au regard, de s'appliquer à représenter sous différentes formes l'empêchement de voir, le trouble de la vue. Sans doute parce que la portée de son projet ne se limite pas au seul territoire artistique. Son art revêt également une évidente dimension historique. Comme bon nombre de créateurs de cette génération, ceux qui sont nés après la guerre, qu'ils soient écrivains, peintres, cinéastes ou photographes, Gottfried Helnwein ressent avec une intense culpabilité la difficulté d'appartenir à cette région de l'Europe dont le passé est insupportable.
Selektion - Neunter November Nacht
scanachrome on vinyl, 1988
Des musiciens de rock, des écrivains, des peintres, des acteurs, anglo-saxons pour la plupart, des hommes politiques, des personnalités dont il semble apprécier l'œuvre, et dans lesquelles il peut parfois se reconnaître. C'est ainsi qu'outre les portraits qui sont montrés ici, il va faire ceux de Michael Jackson, Sting, Roland Topor, Les Rolling Stones, Muhamed Ali, Pavarotti, Mère Thérésa, Leo Castelli, Lech Walesa, Norman Mailer... Il photographie également l'écrivain H.C. Artmann, qu'il rencontre en 1981, et avec lequel il se lie d'amitié.
A l'image de la diversité des gens qu'ils a photographiés, la biographie de Helnwein reflète de multiples activités. Peintre d'abord, cinéaste également, auteur de performances bien sûr, il déploie une énergie dans différents domaines de l'art, mais aussi de la presse et de l'édition - plusieurs de ses images sont apparues sur des couvertures de magazines -, et ses projets revêtent souvent une impressionnante dimension : son installation au musée Ludwig de Cologne, en 1983, sur le thème de la Nuit de cristal est constituée d'une série de visages d'enfants présentée sur une surface de 4 m de haut et de 100 m de long!
Les tirages de ces portraits photographiques qu'il expose aujourd'hui dans le cadre du Mois de la Photo sont également très grands. Si leur imposante dimension n'est pas sans rappeler le reste de l'œuvre du photographe, quelque chose de morbide évoque également certaines obsessions du photographe, notamment dans la représentation d'une forme de mutisme : vide du regard, absence d'expression. Comme si l'homme ne pouvait être représenté qu'amputé de ses fonctions d'être communiquant.
CAMERA INTERNATIONAL N° 35; Hiver 1992
Imprint: PARIS, Camera International, 1992
Edition: 1ére édition.




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